Les cantiques d'Aisha de Tor.

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Les cantiques d'Aisha de Tor.

Message  Aisha le Mar 13 Mai - 15:52

... Aisha ...



On m'avait longuement parlé d'elle, depuis mon arrivée dans ce monde effrayant à vrai dire. Moi qui venais de la terre et qui étais totalement déboussolée, asservie. On m'avait contrainte à apprendre des bribes de goréen. On me disait que j'avais de la chance, que j'allais être offerte à une belle dame dont la bonté était connue, même vis-à-vis des esclaves, ce qui était, il semblerait, rare. Je fus éduquée uniquement dans ce but, ce qui ne fut pas long, j'avais tellement peur que je faisais tout pour apprendre vite. Un matin, on m'arracha de la cage dans laquelle je dormais et l'on me traîna jusqu'à un palais immense, surplombant la Cité de sa masse impressionnante. Nous le traversâmes jusqu'à une porte de bois sombre et épais, couverte de fines dorures. Les deux hommes qui m'emmenaient se sont retirés en silence après avoir frappé trois coups à la porte. Des femmes vinrent ouvrir et m'indiquèrent de les suivre, elles étaient vêtues d'agréables tuniques qui recouvraient leurs jambes jusqu'aux genoux, elles portaient, autour du cou, un collier de métal semblable au mien. Il n'y avait que des femmes dans cette partie du palais, toutes des esclaves. Elle me menèrent jusque dans un jardin magnifique, clos, couvert d'une verrière. Parmi la végétation florissante, au bord d'un petit ruisseau reconstitué, assise sur un banc de pierre blanche, se tenait celle dont on m'avait tant parlé et que si peu avaient vu : Aisha de Tor. Elle portait une tunique de brocard bordeaux. C'était la plus belle femme qu'il m'ait été donné de voir. Elle exhalait une incroyable douceur, une finesse, une élégance, un raffinement subtil qui affleurait le sublime. Les deux femmes s'agenouillèrent devant elle et me présentèrent, je fis de même, pleine de respect. Aisha n'avait jamais vu de barbare, cloitrée dans ses beaux appartements, elle fut prise d'une vive tendresse et d'une touchante curiosité à mon égard.
La vie m'était agréable. Aisha appréciait ma compagnie et m'arrosait de multiples questions, en échange, elle partageait avec moi l'immense savoir qu'elle avait sur son propre monde. Elle me laissait assister, au grand damne de la scribe qui l'éduquait, aux différentes leçons qu'elle devait suivre. Aisha était différente de toutes les femmes que j'avais rencontrées sur Gor, elle était d'une pureté surprenante, d'une humilité incroyable. Elle refusait qu'on marque ses esclaves et lorsqu'elle vit la marque qu'on avait posée sur ma cuisse, elle me fit part de son horreur. Cependant, elle avait sur nous une autorité tout à fait naturelle : on lui avait appris à diriger sa "maison". Parfois, elle sortait. Nous l'aidions alors à revêtir les multiples robes et voiles qui devaient dissimuler sa beauté au monde des hommes : le nombre et l'épaisseur variait selon l'endroit où elle se rendait, elle quittait rarement le palais. Son père était l'unique homme qui entrait -rarement- dans ses appartements. Cet homme, ferme, qui dirigeait sa cité d'une main de fer, avait pour sa fille une passion déroutante. Aisha m'apprit un jour que sa mère était morte, empalée pour adultère. Les relations de famille n'étaient pas simples. Je découvrais peu à peu le monde dans lequel je vivais, discutant avec mes consœurs. Aisha connaissait peut-être ce monde encore moins bien que moi. Elle savait tout de la géographie, de la culture, de l'histoire de Gor. Elle connaissait les lois et l'idéologie. Mais elle n'avait aucune conscience de la violence qui s'exerçait dehors. L'esclavage et la guerre n'étaient pour elle que des mots dénués de sens. Elle vivait dans un cocon onirique.
Aisha se conduisait exactement comme une femme libre devait le faire, l'arrogance et la froideur en moins. Les autres femmes libres que j'ai pu voir étaient méprisantes, suffisantes. Mais Aisha était noble et digne, elle savait concilier à merveille l'innocence et la pudeur. Et pourtant, lorsqu'elle était seule avec nous, cette enfant magnifique était d'une sensualité éblouissante, mais terriblement inconsciente.
Elle voyait les hommes comme des animaux étranges et surprenants, qu'elle regardait avec méfiance. Elle nous questionnait souvent sur les hommes : certaines de ses esclaves avaient appartenu à ceux-ci et lui répondaient avec entrain. Nous étions toutes extrêmement attachées à celle-ci. Aisha avait de nombreuses leçons : elle savait jouer du czehar et de la flute, elle chantait d'une voix claire et mélodieuse dont les délicieuses tonalités résonnaient jusque dans les tréfonds du palais, elle avait appris les bases de la médecine et s'intéressait à la science, à la nature. Elle vivait dans un monde clos, de savoir et de bonheur, d'innocence et de candeur. Moi-même je m'y suis noyée, au bout d'un moment, j'ai voulu oublié ce que j'avais vu avant, ma vie sur terre, ma cruelle éducation d'esclave, la morsure du fouet. Tous ces souvenirs se noyaient dans l'azur des prunelles de la princesse que j'admirais.



Suite à venir ...

Illustrations de Soa Lee (http://soanala.com/eng/)


Dernière édition par Aisha le Jeu 5 Juin - 20:06, édité 3 fois
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Message  Aisha le Sam 17 Mai - 2:34

... Aisha ...
2



Mais les rêves sont de courte durée, et bientôt la rumeur d'une guerre se fit entendre jusque dans les quartiers d'Aisha. Dehors, une certaine fébrilité se faisait sentir. On s'agitait, une rumeur montait, tôt le matin. C'était une cité voisine, plus grande, qui s'avérait menaçante. Kasra la grande... Aisha était extrêmement nerveuse, à cause de son père, qui l'était tout aussi. Tor était une ville essentiellement fameuse pour sa culture raffinée, les guerriers y étaient braves, mais la guerre rare. C'était une cité enclavée à l'Est du Tahari, paisible. Mais on vantait la beauté des femmes de cette cité et les richesses qu'elle renfermait. La vie continuait comme elle le pouvait, rythmée par les rires, plus rares, de la demoiselle. Souvent, elle nous questionnait, nous confiant ses inquiétudes avec douceur. Son père lui mentait pour la rassurer, mais son regard fébrile et les plis sur son front généraient l'inquiétude.
Un jour, le siège débuta. Au début, ce fut presque imperceptible, mais jour après jour, les effets se firent ressentir. Les ressources commencèrent à manquer, et même au palais, on fut contraint de se rationner. La cité avait de solides fortifications mais les guerriers de Tor étaient en nombre bien inférieur aux assaillants. On parlait déjà de défaite, la crainte au coeur. On espérait aussi, intensément, de tout coeur. Mais l'espoir était vain.
Un jour, le père d'Aisha entra dans la chambre. La ville allait tomber. Il donna un poignard à sa fille et lui donna l'ordre de se donner la mort. Elle ne devait pas finir entre les mains des opposants. Il l'embrassa sur le front. Puis il partit. J'appris plus tard qu'il s'était donné la mort lui-même, avec fierté. Aisha ne voulait pas mourir, elle respirait la vie, elle était au comble du désespoir. Mais elle ne voulait pas non plus trahir son père et devenir l'esclave de ceux à cause de qui il était mort. Elle posa son regard limpide sur moi et je compris aussitôt à quoi elle pensait. Je n'avais pas d'avenir, elle allait me manquer, mais la voir humiliée, elle qui était si pure et si noble, était le pire qu'il puisse arriver. Nous échangeâmes nos tenues. Elle me retira mon collier et le passa autour de sa gorge, sans le fermer, néanmoins. Nous savions que la supercherie ne durerait pas longtemps, mais osions espérer qu'elle aurait le temps de fuir. Aisha emprunta les chambres des domestiques. Les esclaves importaient peu et se faufilaient partout. Pendant ce temps, je restais, figée, dans la chambre. Puis l'ennemi arriva. Ils avaient pris Tor en partie pour s'emparer d'Aisha, dont la beauté était devenue comme une légende (bien que nul ne l'ai vue). Je n'étais pas laide, mais ils furent déçus. Ils me menèrent jusqu'à la place publique de la cité. Aisha devait déjà être sortie de la ville. Je fus mise nue. C'est alors qu'il virent la marque, cette marque qui avait choqué Aisha. Tout le monde savait qu'elle n'était pas marqué : elle avait toujours été libre et choyée. L'ennemi fut si furieux, cette fois là, qu'il me tua, me tranchant la tête.
J'espère qu'Aisha a fuit, j'espère qu'elle est libre, j'espère qu'elle vit. J'espère que mon sacrifice ne fut pas vain.



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