Chroniques des Enfants du Fléau.

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Chroniques des Enfants du Fléau.

Message  Satyne le Jeu 7 Fév - 21:55

Neyrelle : le retour de l'enfant prodigue

Le bateau en provenance de Bazi venait de jeter son ancre au port de Caithris. Les voyageurs descendaient en un flux régulier, dans un brouhaha aimable. Elle attendit qu’ils soient tous descendus avant de rejoindre le quai de bois détrempé. Le voyage avait été agréable, la mer étant sereine et les pirates absents. Elle était restée dans son coin, silencieuse. Elle tirait derrière elle sa lourde malle de bois finement sculptée, dans laquelle elle stockait ses affaires. Son corps était vêtu d’une lourde robe bleu nuit rehaussée de dentelle et d’un tissu brillant. Sa chevelure de jais, maintenant en arrière par un nombre abondant d’épingles, retombait en une cascade sombre jusqu’aux creux de ses reins. Un voile de tulle noire tombait, à partir d’une fine bande nouée autour de sa tête au niveau du nez, jusqu’à son cou, masquant ainsi la partie inférieure de son visage.

Elle se dirigea lentement vers les portes de la ville, puis marqua rapidement une pause pour contempler les hauts murs. « Alors voila Caithris,
Caithris la Magnifique dont ma mère et ma tante m’ont tant parlée ! Encore plus impressionnante que dans leurs nostalgiques récits…
» Elle n’osait plus avancer. Elle aurait tant aimé que Naryal soit venu avec elle, mais monsieur ne voulait pas voir leur père. Il disait qu’il n’aurait d’autre choix que de le tuer s’il le rencontrait. Naryal était bien plus haineux qu’elle quand il s’agissait de cette histoire. Pourtant, leur mère semblait avoir pardonné, elle était mélancolique mais jamais méprisante. Songeant à sa mère, Neyrelle fut un peu inquiète : cela fait un certain temps qu’elle n’avait aucune nouvelle d’elle et de Satyne. Comme si elle avait envoyé toutes ces lettres dans le vide… Elle se sentait presque coupable de ne pas être directement rentrée à Schendi. Son frère par contre, lui envoyait réguliérement des lettres, lui contant ses aventures. Une fois que les deux femmes qui les avait élevés, au creux de la forêt de Schendi, dans une cachette idéale, avait jugé qu’ils devaient découvrir le monde, elles les avaient poussés tous deux à voyager seuls. Ils devaient apprendre à se débrouiller. Mais ils communiquaient tout de même. Son passage à Caithris était un détour volontaire. Elle voulait voir cette ville. Elle voulait voir les gens dont elle avait entendu parler. Elle voulait aussi voir ce père dont on parlait si souvent. Elle n’avait pas prévenu son frère, il lui en aurait voulu…

Bien entendu, elle ne comptait pas révéler son identité. Elle ne trahirait pas les siens. C’était juste un désir de savoir… Elle dévia pour aller s’asseoir sur la plage, tournant le dos à la ville, face à la mer. Sa chevelure claquait dans le vent. Elle ne pouvait pas rester longtemps. Elle repartirait après… pour ne plus revenir, probablement. A quoi bon ? « Près de votre père vous n’auriez trouvé que l’esclavage… ». Sa mère et Satyne les avaient élevé dans l’amour de la liberté. Elles leur avaient enseigné l’art des armes et de la stratégie, l’art de l’écriture et du calcul, quelques bases de médecine aussi. Elles leur avaient appris à accepter ce monde tel qu’il était et à ne pas se soucier de l’esclavage des autres, tant en les incitant à toujours être prudents. Elle savait se conduire en femme libre, elle savait se montrer humble et discrète, contenue et respectueuse. Même si au fond d’elle, brûlait une rage intense, un instinct sauvage qu’elle ne pouvait faire taire. Elle était née ainsi. Avec la liberté dans la peau. Elle ne voulait certainement pas risquer de la perdre. Elle espérait aussi que ses pupilles en amande fendue, semblables à celles de sa mère, ne la trahiraient pas.

Elle se leva avec grace, attrapant la poignée de sa malle, la traînant derrière elle, dans le sable, puis, d’un pas ferme et assuré, elle se mit en marche vers les hautes portes de la ville.



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Destin ?

Message  Satyne le Mar 12 Fév - 19:38

"Recueille-toi, mon âme, en ce grave moment,
Et ferme ton oreille à ce rugissement.
C'est l'heure où les douleurs des malades s'aigrissent !
La sombre Nuit les prend à la gorge ; ils finissent
Leur destinée et vont vers le gouffre commun ;
L'hôpital se remplit de leurs soupirs. - Plus d'un
Ne viendra plus chercher la soupe parfumée,
Au coin du feu, le soir, auprès d'une âme aimée."

Baudelaire.

Il faisait froid. Tellement froid, sur sa peau comme dans son cœur. Une neige épaisse recouvrait le sol stérile de la lisière des forêts du Nord. Le fleuve était gelé. Elle était assise, adossée contre un conifère, repliée sur elle-même, enfouie dans une épaisse cape de bure brune. "Enfin je vais mourir, n'était-il pas temps ?". Elle posa un regard sur la masse qui était étendue non loin d'elle. A cette vision, elle sentit un reflux de tristesse s'emparer d'elle. Le froid allait l'emporter comme il était en train d'emporter sa sœur. Les souvenirs s'entrechoquaient dans sa tête, comme une dernière main se tendant pour la tirer hors de la mort en la gardant éveillée.

Le fouet claquant sur sa peau nue, laissant des trainées sanglantes. Le regard un peu fou de sa mère, tenant fermement la lanière de cuir, le dos de Nérissa, aussi sanguinolent que le sien. Puis ce murmure, si doux, sortant des lèvres de celle qui leur avait donné la vie :

-"Ce n'est pas pour vous soumettre que je vous fouette ainsi, mais pour vous apprendre à ne jamais plier."


Elles ne pleuraient pas. La douleur physique avait été leur lot quotidien. Enfants, elles avaient été élevées dans un univers à la fois sauvage et raffiné, en décalage avec le reste du continent goréen. Un arc en main à dix ans, les yeux bandés, une cible de bois peint à quelques mètres devant.

-"Ce n'est pas pour vous aveugler que je vous bande les yeux, mais pour vous apprendre à voir."

Une mère qui les voulaient parfaites. Elles avaient dansé jusqu'à l'épuisement, apprenant chaque pas avec détail, découvrant chaque moyen d'user de la beauté de leur corps. Elles avaient passé des heures à s'entraîner à lire et à écrire. Souvent elles s'étaient blessées lors des nombreux entrainements, mais elles guérissaient toujours rapidement : elles étaient goréennes de naissance. Leur mère parlait souvent des prêtres-rois : ils devaient les protéger pour qu'elles vivent toujours, toutes les trois.

Satyne poussa un petit gémissement plaintif. Le néant seul lui répondit. La nuit tombait peu à peu, le ciel se tachant d'ombre. Elle luttait pour ne pas fermer les yeux, les dents et les poings serrés.

Puis étaient venus les meurtres. Le sang coulant sous les dagues acérées d'assassins inhabituels. Gor ne les reconnaissaient pas. Les femmes n'avaient pas ce privilège d'être payées pour donner la mort. Peu importe. Certains n'hésitaient pas à user de leurs talents. Elle revit les visages perplexes des hommes morts, par le poison mais aussi par les lames. Les missions ratées, où il fallait fuir sans se retourner, courant sans cesse, allant vers l'inconnu. Les réussites aussi, imaginant les proches en larmes. La froideur de leur mère, même lorsqu'elles avaient mené une mission à bien.

-"Comme les maîtres assassins, lorsque je considérerai votre formation totalement terminée je vous demanderai de vous affronter. Une seule doit survivre. Je ne peux avoir qu'une héritière."

Elles croyaient tant en les folies de leur mère... Celle-ci perdit la raison, au bout d'un moment. Comme par miracle, elles furent sauvées sans le savoir, elle le réalisait maintenant. La mort de leur mère et leur fuite ratée étaient nécessaires à leur survie et à l'épanouissement de leurs êtres. Elle revit une dernière fois sa mère, le flacon de poison en main, leur ordonnant de partir. Elle était morte dignement. Elle était morte libre. Libre mais folle. Elle revoyait cette mère qui était en effet devenue un véritable monstre, cette mère qui avait cessé de prendre le sérum de stabilisation. Ce visage tant admiré et tant détesté.

Elle en portait la marque, au plus profond d'elle. Elle était l'enfant du monstre. Qu'importe. Ses pensées oscillèrent avant de se focaliser sur une autre personne, celle qui occupait alors tout son cœur. Neige. L'une de ses mains gantées caressa la matière froide et blanche avec mélancolie. Elle était avec elle. Elle revit leur première rencontre, cette sorte de trouvaille merveilleuse. Elles s'étaient trouvées. Le jour et la nuit. Elles formaient la perfection ensemble. Elles vivaient l'une pour l'autre. Puis il y avait ce premier bain ensemble, dans l'eau limpide des bains de Caithris, déjà si tendre. Tant de temps passé ensemble, heureuses, presque insouciantes. Pourquoi était-elle parti ? Elle sentit une larme rouler sur sa joue. Neige avait été son essence, ce sentiment qu'elle pouvait ne pas être qu'un monstre. Près de Neige elle n'était plus uniquement cette femme froide et déterminée, elle était devenue fragile, elle avait un point faible, elle était redevenue humaine, fragile, vulnérable. Neige avait été la lumière dans l'obscurité. Satyne avait plongé dans les ténèbres en la quittant.
La nuit était autour d'elle. La nuit était en elle. Elle revoyait ces moments fabuleux près de son autre moitié. Elle revoyait ces moments tristes, ces larmes versées inutilement, ces obstacles franchis main dans la main. Elles avaient été des pestes, conservant leur fierté même dans l'esclavage. Elles avaient été convoitées, désirées. Elles connaissaient parfaitement les arts des kajirae. Elles n'avaient pas en elles la soumission qu'on attendait d'elle. Elles étaient piquantes, charmantes, exaspérantes, dans leur passion réciproque. Elles étaient armées. Neige était l'innocence, la candeur, la fragilité dont Satyne avait besoin. Le destin les avait réuni, pour les séparer finalement. Elle se fit le serment, que si, par un miracle, elle venait à survivre, elle irait voir Neige sur le champ, même si les risques étaient grands.

"Jusqu'en enfer...", murmura-t-elle faiblement, entrouvrant le sanctuaire ses lèvres closes. Elle avait perdu le plus précieux. L'essentiel. Ses pensées dansaient toujours leur infâme ballet, et différents visages masculins vinrent hanter son esprit. Ceux qu'elle avait aimé avec ce coeur qu'elle voulait de glace. Ceux qui avaient veillé sur elle. Ceux qui avaient payé leur mépris. Ceux dont elle avait rit. Si nombreux, si flous. Elle n'avait jamais eu de chance avec les mâles, elle avait une âme de panthère. Elle supportait difficilement leur arrogance. Mais il y avait Mallick. Mallick qui l'avait tant ennuyée au début. Mallick que Neige aimait aussi. Mallick qu'elle aimait encore. Lui aussi, elle l'avait fuis. Elle le revoyait, le visage grave, accepter la requête qu'elle lui avait faite, par une nuit si froide que celle-ci, à Heriolfr.

-"J'ai une requête à te faire... J'aimerais que tu me prennes pour libre compagne. J'ai besoin d'une couverture pour oeuvrer comme je le désire."

-"J'accepte, et ce pour trois raisons : parce que je t'aime autant que je te hais
Parce que mes intérêts convergent avec les tiens
Et pour Neige aussi, qui sera heureuse de ton retour près de moi"

Ce jour là, elle l'aimait déjà, peut-être. Mais elle ne le savait pas encore. Puis peu à peu, il l'avait apprivoisée... Neige s'était aussi éprise de Mallick. Ce n'était pas étonnant, elles étaient si semblables. Rien ne pouvait la rendre plus heureuse que de partager l'amour de Mallick avec Neige. Elle se souvint enfin, émue, de cette fois où elles lui avaient révélé leur passion. Elles étaient si maladroites soudain, si confuses. Et lui avait été vivement touché par cette déclaration. Elle se mit à sangloter. Les larmes cristallisaient presque sur le satin de ses joues.

Ce souvenir fut le dernier qui lui vint à l'esprit. Elle referma ses paupières de velours sur l'humidité de ses prunelles. Puis ce fut le vide.
Le merveilleux néant.


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Message  Satyne le Ven 14 Mar - 20:52

Un ensemble de parchemins soigneusement liés entre eux, couverts d'une écriture fine et extrêmement régulière.



"Notre enfance fut heureuse". J'aimerais tellement pouvoir le dire... Malheureusement, ce ne fut pas le cas. Contrairement à ma sœur aînée, je n'ai jamais vu mon père. Ma mère a pris la fuite lors de ma naissance car elle ne supportait plus sa condition de femme. Nous vivions dans une grotte aménagée, au cœur de la forêt de Schendi. C'était une jungle dense et hostile. Heureusement, notre mère avait appris à manier l'arc, j'ignore comment, elle ne parlait jamais du passé. Les hommes s'aventuraient rarement dans ces lieux où le péril était constant. Nous aurions pu survivre en paix. Les premiers années de ma vie, je les ai oubliées tout simplement. Volontairement peut-être : j'ose penser que ce furent les plus difficiles. Lorsque j'eus l'âge d'apprendre à lire et à écrire, ma mère me l'enseigna. Elle fit de même avec ma sœur, qui avait deux ans de plus que moi. C'était une femme dure et exigeante. Nous apprîmes vite, en environ six mois. Elle attendait beaucoup de nous, ce n'était cependant pas une mauvais enseignante : elle n'hésitait pas à nous enfermer si nous n'étions pas sages.

Nous n'aimions pas notre mère. Nous la haïssions même, et je crois qu'elle a tout fait pour cela. Mais nous étions seules avec elle, et nous n'avions pas le choix. Nous passions des
ahns entières à étudier sans relâche. Elle nous appris ensuite le monde dans lequel nous vivions, sans le voir, sans l'effleurer. Ce monde me semblait être une sinistre fiction, mais j'en appris tous les mécanismes. J'appris la géographie et l'histoire de Gor. J'appris les bases des arts des physiciens. Apprendre était notre seul lien avec la réalité, réalité dont nous étions privées. A mes yeux d'alors, la réalité n'était que les terres marécageuses dans lesquelles nous chassions. Parfois, notre mère s'absentait des jours entiers. Nous n'avions pas huit ans. Elle nous laissait enfermées dans la grotte : il aurait été regrettable qu'un larl nous croque...

Puis, un jour, il s'avéra que notre savoir fut celui qu'elle souhaitait pour nous. J'avais onze années,
Nérissa en avait treize. Je n'oublierai jamais ce jour, où, nous fixant toutes deux d'un air impassible, elle affirma d'un ton calme :

- "Il est temps de passer aux choses sérieuses."

Cette nuit là, nous dormîmes dans des cages au plafond si bas qu'on ne pouvait qu'y tenir à genoux. Notre mère avait décidé de nous apprendre la servitude. Cette servitude qu'elle avait tant de fois maudite.

Cette nuit là, je ne dormis pas. Je croyais que nous avions échoué.

Cette nuit là, je me trompais, j'allais l'apprendre à mes dépens.

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